« Nos amis nous considèrent comme un couple bizarre, mais les seuls moments
où nous nous trouvons bizarres sont ceux où nous sommes séparés »


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    Eneslore représente l’impatience. L’impatience d’une rencontre, de partager et fusionner deux univers distincts que tout sépare en apparence : l’eau, la culture, le temps, les caractères.
    De cette vibrante promptitude nait l’écriture ensemble, les lectures que l’on n’oublie pas, les films dévorés côte à côte. Nous sommes des voyageurs, d’éternels découvreurs. Nous nous sommes trouvés.

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    Rouille : Pour une fois, pas de mur de plusieurs mètres à escalader. Nous passons facilement les grilles... http://t.co/Dmr2K78O3U

    14 Sep 2014, 16:01:01

    Les vacances sont terminées ! Nous allons tranquillement nous remettre à l'écriture pour vous proposer de nouveaux textes très bientôt !

    14 Sep 2014, 16:01:01

    Le site est de retour ! Et normalement un peu plus sécurisé. Merci au petit malin qui nous a fait perdre quelques heures de notre temps...

    14 Sep 2014, 16:01:01

    Le site n'est plus accessible pour le moment suite à un petit problème de hacking... Ca va revenir dès que possible. ;)

    14 Sep 2014, 16:01:01

  • sept
    14
    2014

    Rouille

    par Nico, dans Fragments, 2 commentaires »

    Pour une fois, pas de mur de plusieurs mètres à escalader. Nous passons facilement les grilles.
    Puis la verdure folle. Les fenêtres se rapprochent doucement, silencieusement. Retenant notre souffle, l’oreille attentive. Essayer d’effacer le bruit de ses propres pas, au moins le temps de pouvoir pénétrer le bâtiment, pour détecter une hypothétique présence, avant que celle-ci ne fasse de même.

    Ne pas se fier à la tranquillité des lieux, nous le savons tout deux, et nous progressons entre les gravats et les hautes herbes, vers le bâtiment convoité.

    Arrivé aux murs. Temps d’arrêt. Tout est immobile, seul le léger dandinement du feuillage vient apporter un peu de vie. On se hisse par une des fenêtres béantes, et nous entrons dans la vielle usine.

    Il y a quelque chose de superbe dans l’oxyde. Cette texture qui vient effriter la peau plastique, le gonflement interne, pustule indésirable qui amène l’abrasion, terriblement poreux et friable, ocre et noir, qui pigmentent insoucieusement mains et vêtements.

    Et éphémère.
    Tout comme l’écho de mes pas. Résonant doucement le long des murs à moitiés carrelés, s’élevant d’entre ses propres gravas.
    Admirant aux alentours les fenêtres entièrement barrées de vert, végétation rendue étrangement lumineuse par la pénombre de la friche industrielle. Au centre d’un des grands halls, une partie de la charpente gi à terre, ni triste ni belle, juste avachie, sans raison.

    On trouve enfin une entrée aux sous-terrain, de noires fosses s’ouvrent devant nous, et nous nous y engouffrons, à l’abris des regards, des sons et du réseau téléphonique. Et continuons notre tranquille excursion illégale.

    juin
    29
    2014

    Amnésie

    par Marie, dans Fragments, Métaphores & Autres Histoires, pas de commentaires »

    Dans un train filant à vivre allure sur ses rails froids, j’oublie un peu la mer que j’ai si bien connue. La mère est un lointain, au large, qui s’efface en couleur. Difforme et recroquevillée à force de les étendre, j’oublie la provenance de mes souvenirs, même entre les doigts de mes songes. Goutte à goutte, ils tombent et se cassent sur les vitres grinçantes.

    Les détails se rétractent, les images se fendent. Les échos arborent leur manteau pâle, comme sur une porcelaine dépeinte. Je comble les vides laissés derrière, en sillons et en signaux. Je les comble de matière idéale et vaine comme je sais si bien le faire.

    À défaut de créer, j’aurai un tableau qui se meurt. Lui qui se targue de n’avoir gardé que le meilleur des pires jours. Lui qui se targue de ne pas être amer et d’arriver à vieillir sans heurt. Il s’enorgueillit de ses fades couleurs afin de mieux oublier le temps qui lui manque pour tout recommencer.

    mar
    16
    2014

    Supermarket’s Entrance

    par Nico, dans Enfance, pas de commentaires »

    Une entrée de supermarché. Arrivé dans un nouveau pays, c’est toujours le premier point de ralliement.
    La nourriture.
    Ici, les supermarchés sont petits, vieux, et proposent à l’entrée un mur entier de petit distributeurs. Les caddies sont anciens, roulent mal, tournent mal, et le sol carrelé de petits rectangles à reliefs les font vibrer avec bruit quand ils avancent.

    Les fruits s’offrent à nous en premier, des étals de pommes à n’en plus finir, elles sont toutes pareilles, brillantes avec une forme digne des dessins animés. Pas rondes ni vilaines comme celles du petit verger Français de mes grands parents, non : idéales. Réparties selon les trois couleurs primaires : rouges, jaunes et vertes. Luisantes sur leurs présentoirs, parfaitement unies. Qui nous donnent soudainement une envie vivace de croquer dedans.

    A peine le goût du fruit imaginé, de la matière compacte et texturée qui se détache dans un bruit sec et qui libère alors son jus, que mon attention se porte sur les étranges desserts proposés dans la grande baie blanche réfrigérée. Transparents. Et colorés. Le jell-o. Ensemble on regardera cela d’un air interdit, est-ce la drôle de chose que l’on vois dans l’un des Disney ?
    On y goutera, mais plus tard.

    Voilà le pays où je vais vivre, même si je ne sais pas encore quoi en penser, certains m’ont dis que c’était à l’autre bout du monde, d’autres, l’air embarrassé, m’ont dis que oui, et puis que non, que ce n’était pas exactement à l’opposé.

    Sept ans, et je viens d’arriver aux USA.

    mar
    1
    2014

    L’homme ordinaire

    par Marie, dans Enfance, Fragments, pas de commentaires »

    Cet homme aigri et triste, je le connais. Il a le visage défait et les yeux tombants. Sa vieille bouche est crispée en permanence et ne s’ouvre que pour vociférer. C’est un homme en colère, une colère de famille. C’est une colère de chagrin, une colère que je connais bien.

    Cet homme est une rage qui s’est éteinte et habituée à manquer. C’est un homme ordinaire qui ne voit plus en avant. C’est l’un des miens, gâché par le temps, le ressentiment et la déception. Il est fatigué et rapiécé comme un vieux patchwork aux couleurs diffuses.

    Il m’émeut, sans que je n’y puisse rien. Il me rappelle ma vieille folie, ma vieille amie qui gronde. Il me rappelle mes gonds, sortis prendre l’air en claquant les portes qu’ils tenaient à bout de bras. J’aurais pu être cet homme. Proches sans nous connaître, nous vivons, à notre place, chacun nos agonies. Il aurait pu se débattre et triompher, mais n’en a pas eu la force.

    Je ne suis rien pour le condamner, car peut-être le même sort m’attend. J’aurais pu être cet homme et il aurait pu être moi, une autre enfant qu’on a cru ordinaire.

    fév
    22
    2014

    La table de chevet

    par Nico, dans Fragments, pas de commentaires »

    Les doigts remontent le long de la surface plane, effleurant le relief des rainures du bois. Serpentant parallèlement, ronds et aléatoires, comme de multiples petites vallées, le bout du doigt s’y engouffre pour y épouser les courbes et s’imprégner de cette texture volumétrique.

    Tu as appris à connaitre ces reliefs, a les détecter, a les sentir. Tu t’étonnes encore de la rapidité à laquelle ton sens du touché s’est transformé, décuplé. Ta main a atteint le tablier horizontal, effleurant l’arrête supérieure, du bout de l’index et de l’annulaire tu progresses le long de cette ligne, étonnamment imparfaite, t’amusant de toutes les petites ondulations la détournant de la trajectoire idéale, jusqu’à atteindre le cordon électrique lisse et légèrement mou de la lampe de chevet.

    Ironie. Toi qui ne vois plus depuis vingt-six jours, tu as toujours pour habitude matinale de vouloir t’extirper des ténèbres en actionnant ce petit interrupteur avec un petit clic sec. Qui dorénavant résonne comme un angélus macabre, te laissant dans l’obscurité et l’amertume de ta nouvelle réalité.

    Tu as perdu une perception, tu en as aussi découvert une autre. Celle de faire confiance à ses autres sens, aux ressentis les moins évidents et qui viennent te prendre profondément. Tu es maintenant capable de sentir le nombre de personnes dans une pièce parfaitement silencieuse. Tu es aussi plus attentif au moindre son, au moindre vacillement dans la parole, à la moindre hésitation. L’impression de respirer en phase avec son interlocuteur ne s’est jamais montrée aussi pénétrante que maintenant.

    La main glisse sur le textile, l’empoigne et le repousse sur le coté opposé du lit. Tu te redresses doucement, basculant tes jambes hors du matelas pour ensuite rester assis. Immobile et pensif. Au centre de ta petite chambre inondée de la lueur naissante de l’aurore. Faible, rougeâtre et complètement inutile. Prêt pour une nouvelle journée.